De l’Opportunité d’une Emphase sur l’Intégration des Soins Spirituels aux Malades par Dr Yves Mbende


De l’opportunité d’une emphase sur l’intégration
des soins spirituels aux malades

 
Jacques Yves Nganing Mbende, Jacques Yves Nganing Mbende, Docteur in Ministry, est Professeur de théologie pratique et Aumônier de l’Université adventiste Cosendai de Nanga-Eboko (Cameroun).

''De l’Opportunité d’une Emphase sur l’Intégration des Soins Spirituels aux Malades'', rédigé par le Dr Yves Mbende  est un article tiré du Numéro Spécial Prinptemps 2020 ''SERVIR REVUE ADVENTISTE DE THEOLOGIE'', pp. 95-101. C'est une revue de la Faculté adventiste de théologie de Collonges-sous-Salève (France) qui expose la lecture de quelques Théologiens Adventistes francophones tel que Karl Johnson, Bernard Sauvagnard, Gabriel Monet et le reste.

Depuis fin 2019, dans la région de Wuhan en Chine centrale une nouvelle maladie a émergé : le Covid-19, provoqué par le coronavirus SARS-CoV-2. En observateur des enjeux globaux, nous constatons que ce Covid-19 est devenu une pandémie. D’une certaine manière, ce petit virus a mis le monde entier à genoux. Tout semble arrêté et le mot « confinement » est à la mode dans moult pays. Les grandes puissances semblent impuissantes, comme le symbolise la photo du Premier Ministre italien qui circule sur la toile où il est en larmes et en appelle à Dieu seul. Une partie de l’opinion publique n’hésite pas à dire que même la religion semble impuissante ; puisque par exemple les églises et les mosquées sont fermées et plusieurs événements ecclésiaux sont annulés ou reportés. On se demande si les prières unies ne sauraient venir à bout de ce virus. Pour d’autres personnes, nous sommes dans un contexte de guerre ; les intérêts économiques se jouent dans une dimension méta-mathématique. Au milieu de toutes ces préoccupations qui méritent de sérieuses réflexions, nous choisissons de nous intéresser aux personnes malades du Covid-19. Le passage de Job 6.14 peut servir d’arrière-plan pour évoquer l’opportunité des soins spirituels aux malades : « Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami même quand il abandonnerait la crainte du Tout-Puissant ».


Il importe d’avoir une très grande reconnaissance et une immense appréciation à l’endroit de tout le personnel de santé en général et surtout les infirmières, infirmiers, sages-femmes, et maïeuticiens. Mais, plus que jamais, c’est aussi l’opportunité d’attirer l’attention du personnel soignant sur le fait que la santé ne se limite pas à la dimension biomédicale. Il y a l’aspect spirituel lié à diverses croyances (religieuses, culturelles…) qui affectent considérablement le bien-être des personnes malades. En effet, les soins spirituels sont ceux qui se rapportent à la vie spirituelle. Il est entendu que la vie spirituelle désigne ce qui dans l’être humain relève de l’esprit, de l’intelligence et de la volonté, mais aussi du cœur. Sur cette base, les soins spirituels renvoient donc à un ensemble d’attentions, de moyens par lesquels on s’efforce de rendre la santé à un malade. Et ce, par le truchement de ce qui peut captiver son esprit, marquer son intelligence, appeler sa volonté et surtout toucher son cœur. Ces soins spirituels ont aussi un caractère intentionnel qu’il importe de relever. La raison est que le mieux-être dans la dimension spirituelle peut être un catalyseur, un déclencheur du mieux-être dans la dimension physique : ce qui pourra être contagieux pour les autres dimensions de l’être humain.

L’influence quasi inéluctable de la conception juive de la maladie
 Avant de relever cette conception juive, il importe de déterminer les dimensions de la personne humaine telles que vues par certains auteurs. Dans la conception de Florence Nightingale[1] , la personne est un être, malade ou en bonne santé, possédant des composantes physiques, intellectuelles, émotionnelles, sociales et spirituelles. Dans la théorie d’Hildegard Peplau[2], la personne représente un système vivant composé de caractéristiques et de besoins biochimiques, physiques et surtout psychologiques, qui cherche à se réaliser et lutte pour atteindre un équilibre. Pour Dorothéa Orem[3], la personne est un être fonctionnant biologiquement, symboliquement et socialement et qui présente des exigences en matière d’auto-soins, universels, liés au développement et/ou reliés à l’altération de la santé. Virginia Henderson[4], quant à elle considère la personne comme un être biologique, psychologique et social qui tend vers l’indépendance dans la satisfaction de ses besoins fondamentaux.

De toutes ces conceptions il ressort que la personne a cinq dimensions, à savoir : biologique, psychologique, sociale, culturelle et spirituelle. Le point d’emphase de cet article étant du ressort spirituel, nous pouvons observer que plusieurs personnes sont influencées par la conception juive de la maladie et de la santé. En effet, dans l’esprit de la Torah, la maladie est considérée comme une preuve de la colère de Dieu. Ici, l’idée est que Dieu, Créateur de l’homme (selon la Bible), fait de l’homme le temple du Saint-Esprit. Paul déclare :

« Ne savez-vous pas que vous êtes le sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, Dieu le détruira ; car le sanctuaire de Dieu est saint – c’est là ce que, vous, vous êtes » (1Co 3.16-17).


On comprend donc que l’ensemble des principes de vie sur les plans moral, éthique et physique sont les socles de l’édifice divin en l’être humain. La maladie, en tant que dysfonction de l’édifice corporel s’explique par le membre de phrase « Dieu le détruira » contenu dans l’assertion paulinienne. Et là, c’est parce que l’être humain n’aura pas bien entretenu cet édifice (son corps). D’ailleurs, avant Paul, l’Ancien Testament affirmait déjà cette même conception en deux endroits (Dt 28.21-27 ; Jb 5.18).
Tout ce qui précède pose la nécessité pour le personnel de santé de s’investir dans la prise en charge de la dimension spirituelle des malades car plusieurs parmi eux, sinon la totalité, sont influencés par la conception hébraïque de la maladie. De là, on peut donc présenter les points de vue de certains théoriciens en matière de soins spirituels.

Quelques théoriciens des soins spirituels
Dans leur livre blanc touchant le service de pastorale professionnelle, un certain nombre d’associations en Amérique du Nord évoquent des auteurs émettant des pensées qui révèlent d’importantes vérités pour davantage cerner les soins spirituels.
De Kenneth Pargament[5], nous retenons que les gens tendent vers la spiritualité dans le but de maintenir leur santé, pour faire face à la maladie, aux traumatismes, aux pertes et aux passages de la vie d’une manière qui intègre le corps, l’intelligence et l’esprit. Par conséquent, lorsqu’elles vivent des périodes de crise, les personnes font souvent appel à la spiritualité comme moyen de les affronter. Ces gens peuvent donc prier, lire des textes sacrés et observer des rituels.

Quant à James Gibbons et Sherry Miller[6], ils avancent que les établissements qui négligent la dimension spirituelle dans leur énoncé de mission ou dans la prestation de soins quotidiens risquent de devenir des garages biologiques où les parties dysfonctionnelles d’êtres humains sont réparées ou remplacées. Il est aussi possible de faire allusion aux recherches scientifiques d’Herbert Benson[7], qui lui-même s’était étonné de voir que ses travaux démontraient de manière concluante que nos corps sont programmés pour croire, qu’ils sont nourris et guéris par la prière et par d’autres manifestations de foi. Tous ces auteurs s’accordent à dire que les soins prodigués au corps ne peuvent être efficaces si l’esprit, le cœur et l’âme sont oubliés. C’est pour cela qu’on est en droit d’encourager le personnel de santé à s’investir dans des activités de prise en charge spirituelle des malades.

Quelques activités de prise en charge spirituelle
des malades par le personnel de santé
 Soulignant la place du soin spirituel, le Professeur Claude Rougeron affirme : « Tout est important : la manière de placer, d’arranger un coussin, un oreiller, la douceur dans le massage des endroits douloureux, la fréquence à humecter les lèvres pour lutter contre la sécheresse de la bouche... Tout cela manifeste cette attention et cette subtile finesse du geste de la personne soignante, profondément animée par le désir d’aider, de prendre soin de l’autre[8], ». On pourrait dès lors entrevoir trois perspectives dans les activités de prise en charge spirituelle des malades par le personnel de santé : les paroles, les gestes et les actions.

Les paroles
« Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, pour que vous sachiez comment vous devez répondre à chacun » (Col 4.6).

Ce mot de l’apôtre Paul vaut encore tout son pesant d’or si appliqué dans les centres de santé. En effet, Jésus utilisait la parole la plupart du temps pour guérir (par ex. Mt 8.7-13) ; ainsi, le personnel soignant doit utiliser des paroles douces, de réconfort, d’espoir, de tendresse, de gentillesse ; bref celles qui pourront catalyser la bonne humeur, étant empreintes de compassion. Parlant de compassion, on se souvient que Jésus manifestait beaucoup de tendresse envers les malades (Mt 9.36) ; ainsi le soignant doit avoir compassion des patients (cf. Mi 7.19, Ep 4.32) ; une compassion désintéressée, constante, volontaire, impartiale et gratuite (ne pas monnayer les soins).

Les gestes

« Le Seigneur le garde et le fait vivre ; il est déclaré heureux sur la terre ; tu ne le livreras pas au désir de ses ennemis. Le Seigneur le soutient sur son lit de douleur ; tu changes son lit pendant sa maladie. Moi, je dis : Seigneur, fais–moi grâce ! Guéris– moi : j’ai péché contre toi » (Ps 41.2-4).

Entre autres éléments qui sont utilisables par le soignant ayant de l’intérêt pour les malades et qui pourraient constituer pour le malade un soutien et un soulagement sur son lit de douleur, il y a : le toucher thérapeutique, le regard attentionné et compatissant, le sourire, l’écoute ; et même déjà la présence (tant il est vrai qu’il est des soignants qui désertent ou choisissent les malades V.I.P. à qui apporter les soins).

Les actions
« Que votre lumière brille ainsi devant les gens, afin qu’ils voient vos belles œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5.16).

Par le moyen du service, le personnel de santé a la possibilité de briller dans la vie obscure du patient du fait de son état de maladie. Avec le concours du soignant, lorsqu’applicable, la musicothérapie sera d’un apport inéluctable dans la chambre du malade. Cela est d’autant plus pertinent que les passages suivants ont une sagesse à ce propos : Ps 92.2-5, Ep 5.19, Col 3.16. En dehors du service et de la musicothérapie, le jeûne et la prière (Mt 17.21) et la générosité (Pr 3.27, 19.17 ; Mt 25.40) sont des actions complémentaires, concomitantes à l’accompagnement spirituel.

Impact attendu à l’intégration des soins
spirituels dans la prise en charge des malades
En administrant les soins spirituels, le personnel de santé contribue à éclairer l’opinion publique sur le sens réel de l’être humain.
La pensée hébraïque ne conçoit pas l’être humain comme étant un objet purement physique ; elle ne voit même pas la santé comme devant être caractérisée premièrement en tant que condition physique. Le mot hébreu basar se rapporte à la matière de laquelle le corps est fabriqué : c’est la substance physique du corps humain et qui est généralement traduite par le mot « chair ». Mais, notons que ce mot basar ne se réfère pas seulement à la dimension charnelle du corps mais souvent à l’entièreté de l’être et donc à l’ensemble de ses composantes, c’est-à-dire à toutes les dimensions de l’être humain.

En administrant les soins spirituels, le personnel de santé contribue à ramener l’opinion publique à comprendre la conception biblique de la santé.
A dire vrai, la Bible conçoit la santé comme une intégration totale. De ce point de vue, la santé va au-delà du physique et touche tous les aspects de la vie. Elle est donc le fonctionnement harmonieux de la personne sur le quadruple plan : physique, émotionnel, spirituel et social.
Bibliquement parlant, l’aspect physique de ce fonctionnement ne requiert pas qu’on soit libre de toute maladie puisqu’il y a même le poids de l’âge qui peut logiquement affaiblir la vigueur.
Dès lors, on comprend que l’OMS fait bien de définir le mot santé en précisant que c’est le bien-être physique, mental et social ; et non pas simplement l’absence de maladie ou d’infirmité.

En administrant les soins spirituels, le personnel de santé contribue à dégager les implications réelles de la paix qui est une denrée rare dans les relations internationales.
La vie concerne la personne entière, indivisible (pas de dichotomie du genre corps-esprit). C’est ce qui est caractérisé par le mot hébreu shalom. Quoique l’opinion publique ait confiné le mot shalom à la notion de « paix », son utilisation biblique est beaucoup plus large et riche. Ce mot shalom pose le fondement de ce qu’est le bien-être de la personne entière. Le mot shalom et ses dérivés reviennent plus de 350 fois dans la Bible et il n’y a qu’à 38 reprises qu’il signifie « paix » dans le sens de « l’absence de guerre ». Les gouvernements gagneront donc à s’investir davantage dans l’ensemble des domaines qui peuvent faciliter le mieux-être des citoyens en tant que personnes entières plutôt que simplement à calmer les tensions sociales (ethniques, tribales) et des bruits de guerre.

En administrant les soins spirituels, la profession d’infirmière reviendra à la vision sacerdotale du soin .
Les origines religieuses et militaires des soins infirmiers modernes restent encore flagrantes dans beaucoup de pays. Par exemple, en Grande-Bretagne, les infirmières confirmées sont appelées sisters, « sœurs ». Mais, est-ce que jamais l’opinion publique s’est demandé pourquoi cela ? En réalité, et contrairement à l’usage moderne qui confine largement la guérison au sens physique, le sens holistique qui transparait tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament requiert que toutes les dimensions de l’être humain doivent expérimenter la guérison, pas seulement le corps. Le mot hébreu rapha qui signifie « guérir » ou « réparer » implique dans un sens plus large « le soulagement des tensions internes » ou encore la réconciliation, la restauration. De là, le prénom Raphaël qui signifie « Dieu a guéri » ou encore « médecin de Dieu ». L’idée est qu’à côté de l’infirmière qui apporte les soins, il y a un ange (Raphaël) qui guérit. Donc, l’infirmière soigne (administre les soins), mais Dieu guérit. Moïse exprimait déjà cette réalité en rapportant une déclaration de Dieu : « Je suis l’Eternel qui te guérit » (Ex 15.26).

Et à dire vrai, le mot grec sōzō contient à la fois l’idée de guérison et de salut. C’est dire que « guérison » et « salut » ou encore « santé » et « salut » peuvent être perçus comme « pile » et « face » de la même pièce de monnaie. Sur la base de cette vision sacerdotale des soins, on est en droit de considérer que le personnel de santé exerce un métier noble, puisqu’à son optimum il est hissé au rang de collègue et collaborateur de celui qui a créé les êtres humains et auprès desquels il apporte des soins.

Conclusion
D’un point de vue de la conception biblique de la santé, et malgré le drame qu’il représente, on est en droit de considérer le Covid-19 comme une opportunité de revenir à la vision sacerdotale des soins dans nos centres de santé. Alors que des interprétations fusent de tous bords (économique, politique, eschatologique…) au sujet de cette pandémie, nous avons choisi de regarder l’intérêt salvateur des personnes malades en nous demandant comment est-ce que le personnel de santé pourrait améliorer la prise en charge des patients en incluant la composante des soins spirituels.

On se rend compte que l’être humain est pluridimensionnel ; dès lors, la dimension spirituelle mérite d’être adressée par des paroles, des gestes et des actions à propos. La santé même se veut un concept holistique. Cet article fonde tous ces éléments sur d’importantes lumières épistémologiques qui pourraient même contenir des implications ecclésiales et missiologiques.


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[1] Virginia Henderson, La nature des soins infirmiers, Paris, Masson, 1994, p. 132
[2] Rosette Poletti, Les soins infirmiers : théories et concepts, Paris, Le Centurion, 1978, p. 68.
[3] Ibid., p. 71.
[4] Virginia Henderson, op. cit., p. 134.
[5] Kenneth Pargament, The Psychology of Religion and Coping. Theory, Research, Practice, New York, Guilford, 1997.
[6] James Gibbons, Sherry Miller, « An Image of Contemporary Hospital Chaplaincy », Journal of Pastoral Care 43 (1989/4), p. 355.
[7] Benson, Herbert, Timeless Healing, New York, Scribner, 1999, p. 305.
[8] Claude Rougeron, « La dimension spirituelle dans le soin, besoins et chemins d’expression du patient, missions des accompagnants », disponible sur www.buddhaline.net/spip.php?article891 (consulté le 8 avril 2020).

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